HOMÉLIE DU 5e DIMANCHE DE CARÊME (29 MARS 2009)
PRONONCÉE PAR L'ABBÉ DOMINIQUE DEWAILLY
EN L'ÉGLISE DE L'IMMACULÉE DE CAMBRAI
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"Élevé de terre, j'attirerai à moi tous les hommes." C'est la suite des propos de dimanche dernier. "Il faut que le Fils de l'homme soit élevé de terre pour que tout homme ait la vie éternelle."
Mais entre deux, il y a un passage : "Le grain tombe en terre et meurt pour donner du fruit." Voir Jésus, comme le demandaient les Grecs venus à Jérusalem, c'est voir le grain qui meurt et la Croix. Sans s'attarder au récit qui vient d'être lu, on peut saisir l'hésitation de Jésus. "Dirai-je : 'Père, délivre-moi' ? Non, c'est pour cette heure que je suis venu."
Dans l'Évangile de Jean, cela correspond à ce que disent les autres évangélistes dans le passage de l'Agonie au Jardin des Oliviers. À cette hésitation, la voix du ciel répond : "Je l'ai glorifié et je le glorifierai encore !" Expression curieuse : est-ce bien cela, la gloire ? Chemin de Croix et mort ? Est-ce vraiment une religion de douleurs mortelles ?
Ces événements ne sont pas une fin en soi. Ne pas s'y soustraire, c'est plutôt montrer jusqu'où l'amour de Dieu est offert. La gloire, c'est le poids d'un amour sans limite. Comment le peuple chrétien – et pas seulement chacun – peut-il vivre le même abaissement et la même gloire ?
Le témoignage de Claudine Lanoë, à la soirée CCFD, m'a aidé à en reprendre conscience. Les chrétiens de Syrie et de Jordanie lui ont donné beaucoup d'espoirs. La majorité des gens, dit-elle, veulent la paix et travaillent chaque jour ensemble. Dans ces pays, tout se vit dans un climat interreligieux : chrétiens catholiques ou orthodoxes, islamistes avec des courants très tolérants et ouverts. Il y a des fondamentalistes, mais la plupart des gens souhaitent que les chrétiens (10 %) restent. La pression des réfugiés d'Irak (musulmans nombreux et chrétiens), la guerre d'Israël ne favorisent pas les choses. Mais les partenaires chrétiens du CCFD, les évêques rencontrés là-bas disent : "Aidez-nous à rester ici…" pas seulement parce que c'est là que le christianisme est né (ici ou là l'araméen, langue de Jésus, est encore parlé), mais parce que la présence des chrétiens maintient un équilibre dans la population, même entre les courants musulmans. Les projets d'éducation, pour que les jeunes aient un métier, trouvent un travail et puissent vivre sans penser à partir, sont prioritaires. C'est dans le quotidien que se fait un dialogue de vie, où tous se connaissent et s'estiment, quelle que soit la religion.
"S'enfouir" comme une semence pour porter un fruit de paix, aujourd'hui, dans une tolérance positive, voilà le désir des communautés chrétiennes rencontrées ou soutenues par les communautés chrétiennes. Sans doute l'Abbé Hombert témoignera-t-il de choses semblables en revenant du Liban. Les étudiants et prêtres de ces pays savent bien que la présence des chrétiens est une condition essentielle pour éviter les affrontements basés sur les religions, où chacun préservait son identité.
Soutenir les projets des partenaires (divers) du CCFD, c'est aider la graine à porter du fruit, favoriser ceux qui, de toutes religions, assurent un avenir de paix.
"J'attirerai à moi tous les hommes", disait Jésus. En regardant la Croix et déjà le tombeau ouvert, nous savons où est la gloire de Dieu : prendre les moyens d'aimer pour la paix entre tous ceux que Dieu aime et que Jésus sauve.