Merci pour tout ce qui a été partagé dimanche. Parmi les multiples réactions reçues, j'ai particulièrement aimé celle-ci que je vous partage :
« J'ai vécu hier un moment d'Église fort, tout dans la simplicité, l'humanité dans ce qu'elle a de plus noble, dans cette volonté de l'essentiel sans decorum mais dans la proximité permanente avec chacun et avec Dieu. »
Homélie du Dimanche 20 septembre 2009
Cathédrale, 10 h 30
Installation de la nouvelle équipe sacerdotale
Qui était donc cet enfant que Jésus a pris par la main ? D’où venait-il ? Quel était son nom ? Qu’est il devenu ? Nous ne le saurons jamais et tant mieux car cet enfant nous le connaissons. Un jour ou un autre, récemment ou il y a très longtemps, il a été placé par Jésus devant nos yeux comme exemple d’humilité. Si nous nous sommes laissés faire, cet enfant, placé par Jésus, a retourné notre coeur pour le mettre à l’école de l’Evangile et au service des frères.
Beaucoup d’entre vous savent que le Seigneur a placé mon frère Benoît, l’éternel enfant de notre famille, au coeur de ma vie pour m’inviter à retrouver sans cesse l’humilité du pasteur. Alors que le monde ne voyait que le malheur de son handicap mental, il a été au contraire le moteur de l’engagement de mes parents au service des Papillons Blancs et le pilier de la communion familiale que nous vivons encore avec lui ce matin. Benoît, le plus petit aux yeux des hommes est devenu le plus grand. Grâce à Benoît, et autres Lynda, Romain, Arnaud ou Emmanuel, nous les gens dits normaux nous nous découvrons profondément handicapés par notre orgueil de gens bien pensants soucieux de leur image et sûrs de leur jugement qui tue sans même s’en apercevoir.
Alors, frères et soeurs, très chers amis,
Comment, ce matin, ne pas recevoir en plein coeur cet avertissement sévère de Jésus à ses disciples : « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous ! » Ce rappel énergique qui s’adresse à tout disciple, je le reçois encore ce matin pour ma propre vie d’homme et de prêtre, pour notre nouvelle équipe sacertotale, pour nos paroisses, mouvements et services d’Eglise et pour chacun d’entre nous qui choisit de faire de sa vie un service pour l’autre, quel que soit ses convictions religieuses.
Comme vous, j’ai expérimenté que la jalousie et les rivalités ne mènent qu’au désordre comme nous le rappelait l’apôtre Jacques dans la première lecture.
Au contraire, lorsque nous acceptons, parfois avec résistance, à nous mettre à l’école de l’humilité, alors nous pouvons connaître la vraie joie qui coule du coeur de Dieu. C’est cette joie profonde que nous chercherons à gagner ensemble de tout notre coeur.
Frères et soeurs, nous vivons aujourd’hui l’installation d’une nouvelle équipe sacerdotale au service du doyenné. Une installation ? Le mot est piégé. Il n’y a rien de pire que d’être installé alors que les rencontres bouleversantes de chaque jour ne peuvent que nous désinstaller d’un confort matériel ou, pire, spirituel. En arrivant au milieu de vous, Louis, Gilbert, Dominique, Bernard, Louis, Venceslas et moi même, nous ne désirons surtout pas nous installer. Nous le savons : Le Christ n’a pas de pierre où reposer sa tête. En pérégrinant humblement dans nos treize relais, dans nos mouvements et services, nous rappellerons simplement par nos paroles et nos actes que nous ne sommes que des serviteurs. Et nous ne serons que des serviteurs de communion.
Depuis une année, je découvre Cambrai et les cinq communes qui composent le doyenné. A la suite de l’abbé Pierre-Marie Hombert, je me suis très rapidement senti accueilli par les paroissiens de St Vaast St Géry : sa fraternelle équipe d’animation et ses sept équipes relais dynamiques. à St Roch, St Joseph, Neuville et Tilloy, Ramillies Sainte Olle et Escaudoeuvres. Au long de six journées de visites passionnantes, je me suis laissé conduire de maison en maison, dans les associations, les entreprises, les comités, les équipes paroissiales.
Au fil de quelque soixante dix rencontres, j’ai rencontré des centaines de visages et j’ai vibré aux joies et aux espérances comme aux inquiétudes et aux souffrances de celles et ceux qui m’ont accueilli.
Une fois encore, comme beaucoup d’entre vous, j’ai fait la bouleversante expérience de la grandeur de celui qui est le plus petit, par l’âge, la souffrance ou le handicap. Comment ne pas faire mémoire de Brigitte, qui ne s’est jamais levée depuis sa naissance il y a 55 ans et atteinte d’un handicap grave. Comment ne pas faire mémoire de sa mère, icône de Marie, debout au pied de la croix de sa fille. Être accueilli par Brigitte et sa maman à Neuville, c’était être accueilli par le Christ en personne et sa mère. Avec les amis du relais qui m’accompagnaient, nous nous sommes laissés bouleverser et nous avions le désir de nous mettre à genoux devant tant de grandeur dans l’humilité.
Ce matin, frères et soeurs, les uns par les autres et tous par l’Evangile, nous voici convoqués une fois encore par amour à l’école de l’humilité et au service de la communion. Les douaisiens, valenciennois, saint saulviens, maubeugeois et sambriens savent tout ce que nous avons essayé de partager avec eux pour le service de cette communion fraternelle et spirituelle. La communion de nos différences qui ont tellement à s’apporter. Par exemple, nous nous réjouirons ensemble de ce qui se vit à Ramillies, la plus petite de nos communautés. Nous nous rencontrerons Cathédrale et saint Géry, nos magnifiques églises de 3 siècles, pour enrichir nos incroyables talents artistiques et musicaux. Comme Louis Francelle et les réseaux de solidarité, nous serons attentifs à la cité d’Esnes ou au quartier de la Forêt ou la cité Amérique ou dans la rue Vanderburch, là où se concentrent tant de blessés de la vie. Nous nous associerons à tout ce qui fait la joie des églises réformée et évangéliques. Nous partagerons les grands événements des autres religions comme ce jour de fin de Ramadan, nous avons fait parvenir un message à Mr AKCHACH et à son gendre, responsables de la mosquée de Cambrai. Bref, nous serons pèlerins de la Vie, de celle qui vient de Dieu, de celle qui s’est manifestée en Jésus Christ, de celle qui nous est communiquée par l’Esprit. Ensemble, nous serons serviteurs de la communion des différences, communion qui produit la joie.
Frères et soeurs, nous voudrions tellement engendrer cette joie dans le coeurs de ceux qui ne connaissent pas ou plus l’Evangile. Et nous ne savons pas comment faire ! Alors nous devons chercher pour être d’authentiques témoins de sainteté : c’est pourquoi cette année encore, nous allons avancer pour mieux annoncer, vivre et célébrer la foi. Les sessions de rentrée du doyenné les mercredis 30 septembre et 7 octobre (tracts dans toute la cathédrale), la visite des 6 relais de la paroisse notre Dame, la visite pastorale de l’Archevêque au printemps prochain et la grande fête de la Pentecôte 2010 au palais des grottes nous aideront à grandir . Que celui qui veut devenir grand, devienne le dernier et le serviteur de tous nous dit Jésus. Avec nous, comme le Christ, voulez vous grandir dans l’humble service de l’autre, de tout autre ? Avec nous, acceptez vous se vous installer dans le service permanent de la communion ? Avec nous, grâce à la rencontre de l’autre, de tout autre, acceptez vous de goûter à la joie, à la vraie joie que nul ne peut nous enlever ? Merci pour votre réponse. Comme le Christ, nous avons tellement besoin de vous !
Amen
Abbé Jean-Marie LAUNAY
Crédit photo : Benoît Drocourt